Comment prendre des photos avec mon télescope ?

Le matériel pour l’astrophotographie

Je ne suis pas scientifique, l’observation de l’Univers au travers de télescopes n’est qu’une passion. Mon métier consiste à travailler l’image. Le cheminement que je vais utiliser ici découle de la logique du photographe et de mon expérience personnelle. Je pars du principe que vous disposez déjà d’un instrument d’observation, si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à prendre le temps d’apprendre les choses et de travailler votre regard.

Comment prendre ce qu’il se passe dans mon télescope en photo ?

Un télescope, ça renvoie des rayons lumineux pour former une image grossie. En observation, c’est notre œil qui vient capter cette image pour en créer un souvenir. En astrophotographie, on vient simplement placer un capteur photosensible à la place de notre œil.

Dans le système solaire, il y a de nombreux objets observables. L’observation planétaire apporte ce sentiment mystérieux, cette sensation que l’Univers est intelligent, que cette planète que j’observe en ce moment, est vraiment là-bas, là-haut, en train de tourner autour d’un truc qui tourne autour d’un autre truc. Que sur cette planète, il fait -250°, ou qu’il y pleut des diamants. Mais que tout ça se passe vraiment à l’instant où je l’observe (avec quelques minutes de décalage évidemment). Que depuis mon rocher, je suis capable de prendre conscience de ce qu’il se passe à des millions de kilomètres ! Et en plus de ça, c’est simple à photographier. L’objet le plus simple est la lune.

Étape 1 : Prendre la Lune en photo avec mon smartphone :

C’est le 2d reflex que vous allez avoir après avoir fait Wow. Et même si c’est dégueu, flou, et bourré d’aberration chromatique, peu importe, ça restera votre 1re photo du ciel. Voici ce que vous verrez au travers d’un Skywatcher 130/900 f/D : 6.9 et d’un oculaire de 25 mm.

C’est fait avec un iPhone 4. Le plus compliqué, c’est de réussir à aligner toutes les lentilles, on le voit sur la fin.

Pour faciliter la prise de photos, certains instruments permettent d’immobiliser un téléphone face à l’oculaire.

Ça ressemble à quelque chose comme ça.

Liste de Support Smartphone sur Astroshop

Avec cette méthode, on ne photographie pas l’image brute que le télescope nous délivre. Ici on photographie l’image brute zoomé au travers d’un oculaire. Pour gagner en qualité, il faudrait placer notre capteur pour prendre la photo directement au foyer (point focal) du télescope. Et évidemment d’utiliser un DSLR à la place de notre smartphone.

Pourquoi utiliser un DSLR plutôt qu’un smartphone s’il suffit de bien aligner le tout ?

Bien que la réponse paraisse évidente, je relève la question. L’appareil photo du smartphone est surement bon, merci l’évolution de la technologie. Or, son capteur est placé en aval d’une lentille. En astrophotographie, nous cherchons à utiliser le télescope comme objectif. L’objectif du smartphone a donc tendance à créer de l’aberration chromatique à cause de sa lentille.

Étape 2 : Prendre la lune en photo avec un télescope et un DSLR

Le DSLR sera donc utilisé sans son objectif et placé au foyer du télescope pour que celui-ci soit utilisé comme objectif.

Le tube s’occupe de renvoyer les rayons lumineux vers le foyer quant au DSLR, nous utiliserons son capteur uniquement pour capter l’image renvoyée par le télescope. Pour cela, on utilise une bague d’adaptation ainsi qu’une bague coulante T2 pour l’insérer dans le tube d’observation.

C’est carrément mieux ! Essayons Saturne maintenant :

Ça à l’air de rien, mais ce truc est à 1,5 milliard de kilomètres, et on vient de le prendre en photo depuis notre rocher les gars. Ces 2 objets ont des magnitudes basses, on peut les voir à l’œil nu et on peut les prendre en photo facilement puisqu’ils sont assez lumineux.

Et si j’essayais de photographier la Galaxie d’Andromède ?

C’est là qu’on va voir si vous avez bien lu et compris la page « Débuter ». Faire des photos de la Lune, de planètes, ce n’est pas très compliqué, car les objets sont lumineux. Vouloir photographier des objets du ciel profond comme M31, c’est une autre histoire. Ces objets émettent un signal faible. Il faut donc mettre toutes les chances de notre côté pour capter au mieux ce faible signal. Pour cela il nous faut :

  1. Un Imageur qui filtre le moins de données possible
  2. Un Tube qui renvoie le plus de lumière possible

1) L’Imageur :

L’imageur c’est l’instrument qui va capter la lumière renvoyée par le télescope pour créer un fichier photo. En astrophotographie il y a 2 écoles :
a) Les DSLR

Aujourd’hui, c’est rare de ne pas avoir de Reflex/Mirorless. Plus la technologie avance, plus elle devient abordable. Et n’importe quel reflex est capable d’être utilisé en astrophotographie. Il y a cependant 1 inconvénient majeur concernant les DSLR :

Les DSLR sont insensibles aux rayons Hα.

Pourtant les rayons Hydrogène α permettent de photographier les Nébuleuses à émissions. Ce qui réduit considérablement le nombre d’objets à photographier.

Pourquoi sont-ils insensibles ?

Un appareil photo dispose d’un capteur CMOS. Ce capteur, pour faire simple, est constitué de photosites.

Gauche Non défiltré Droite Défiltré
À gauche non défiltré. À droite défiltré    webastro

Qui capte la lumière et la transforme en électricité, pour en faire une image ? Les fabricants d’appareils photo utilisent des filtres anti-IR pour empêcher le rayonnement infrarouge de perturber le rendu des images diurnes (couleurs blafardes, chromatisme de la plupart des objectifs dans ces longueurs d’onde) qu’ils placent devant le capteur de l’APN… Malheureusement, les précieux photons des objets du ciel nocturne passent par là et voient leurs chances d’atteindre le capteur grandement diminué. Pour en profiter, il convient donc d’enlever ce filtre et si l’on désire conserver la polyvalence de son APN pour réaliser des clichés de jour de le remplacer par un filtre adéquat. source

C’est un défaut, mais surmontable, car il est possible de faire défiltrer son APN pour le rendre sensible à ces fameux rayons. Richard Galli, du site http://www.eosforastro.com vous propose de faire ça pour vous. Et si vous ne disposez pas encore d’un APN, vous pouvez acheter directement un appareil dé-filtré chez lui. C’est ce que je vous recommanderai.

b) les caméras CCD :

Qu’est-ce que c’est ça ? Les DSLR et autres appareils grand publique dont chacun dispose ici et là, sont constitué de capteur CMOS. Ils sont incapables de capter les signaux Halpha sans modification, mais peuvent capter de la couleur. Les caméras CCD sont constituées de capteur CCD. Un capteur CCD, c’est l’inverse d’un CMOS, il est ultra sensible aux émissions Halpha, mais ne prends des photos qu’en monochrome. (Sauf exception, explication matrice de Bayer à venir).

Caractéristiques du DSLR :

Caractéristiques des cameras CCD :

C’est sur qu’une caméra CCD couleur est beaucoup plus confortable à utiliser qu’un Apn non défiltré. Mais en général, c’est notre budget qui va décider pour nous. Il est tout à fait possible de faire de beau cliché avec un simple Apn, suffit de bien savoir l’utiliser. Ci-dessous, une liste d’instruments totalement subjective. Faites-vous votre propre avis.

L’option sure : Canon 600D défiltré de chez EosforAstro   850 €

C’est livré chez vous, défiltré, garanti et prêt à être utilisé. Un capteur de 18 Mpx et des pixels de 4,29µ, c’est l’appareil le plus utilisé en astrophoto. Abordable, confortable ses capacités sont largement correct et permettent de capter de nombreux objets puisqu’il est défiltré.

L’option pas chère : Canon 1300D 300 €+270 €

Sorti 5 ans après le 600D, le 1300D n’a rien de différent techniquement. Si ce n’est son prix et sa finition (le 600 D à un écran orientable pas le 1300 D). Si vous voulez économiser un peu, achetez ce modèle et envoyez le à Eos for Astro pour le faire dé-filtrer/refiltrer Astrodon. Vous gagnerez à peu près 250 €.

La solution cherros le churros : Sony A7SII   2000 €+270 €

C’est mon coup de cœur. C’est un plein format, donc il capte plus de lumière. Cependant il ne dispose que de 12 Mpx, car les pixels affichent une taille de 8,5µ… De quoi se régaler avec un bon échantillonnage, sans parler de sa sensibilité qui a fait sensation.

La solution CCD de ouf : Apogee Aspen CG 230 : 43880€

Avec ça, pas besoin de passer par la case dé-filtrage aha. aha. À ce prix-là, c’est du matériel scientifique. Je la mets là pour avoir un extrême, mais c’est clair que personne ne va s’acheter ça pour la sortir 1x par mois. Néanmoins, elle a des pixels de 15µ, c’est le double d’un A7Sii bordel de merde. Puis à ce prix là vous n’avez pas la roue à filtre pour faire des photos couleurs aha. aha.

La solution CCD couleur : ZWO ASI 071 : 1899 €

C’est du CCD, et ça prend des photos couleur. 16 Mpx pour une taille de pixel de 4,78µ. C’est clairement l’achat confortable. Qui permet de faire des photos que l’on pourrait faire avec un 1300D défiltré sans s’emmerder à configurer l’APN, à le faire défiltré etc.

L’imageur c’est une chose, mais si notre objectif, tube n’est pas adapté à ce dernier ?

2) Le Tube :

Pour l’astrophotographie on privilégiera un tube lumineux (on parle de tube « rapide »), pour capter plus rapidement et confortablement la lumière de là-haut. C’est pourquoi les réflecteurs sont recommandés pour l’astrophotographie low budget car le coût de fabrication est bien inférieur à celui d’un réfracteur pour des caractéristiques semblables. Hubble est un réflecteur.

Mais pourquoi toi, tu as un réfracteur ?

Aha, je vous avoue que faire le choix d’un télescope pour l’astrophoto ce n’est pas simple. On investit de l’argent et on veut être sûr que le matériel acheté convient à ce qu’on veut en faire ! Du coup cas pratique des points qui m’ont tracassé lors de ma recherche :

Choisir son télescope

J’ai longuement hésité entre 2 modèles :

  1. Orion Astrograph 10″
  2. Explore Scientific 102/714 F.7 que j’ai actuellement

Le 1er est un réflecteur, le 2d un réfracteur. Ce sont tous les 2 de très bons tubes dédiés à l’astrophotographie, mais il y a plusieurs choses qui les distinguent :

  1. Le 1er zoom beaucoup et est très lumineux. 1000mm de focale pour un f.3,9 c’est assez ouf. Tandisque le 2d a une focale de 714 mm, pour un f.7…
  2. Le 1er puisqu’il est très lumineux (donc un gros diamètre) est très gros et encombrant. Il fait 8 kg à lui tout seul… Le 2d est beaucoup plus léger et facile à transporter puisque livré dans un flycase.
  3. Outre les problèmes de transport qu’un tube lourd peut apporter, il faut prendre en compte le fait que plus un tube est lourd, plus la monture doit être robuste. Or, ce n’était pas le cas de la mienne. Un tube de 8 kg + tout le matos astrophoto+autoguidage… Chaud donc investir dans une grosse monture.
  4. Si vous ne voulez pas vous balader avec et que vous allez le laisser au jardin, l’Orion 10″ est top. Car quand on bouge trop un réflecteur, son miroir primaire a tendance à bouger, il faudra donc le remettre en place quasiment à chaque installation pour éviter d’avoir des images floues. Cela s’appelle la Collimation. (un article viendra là-dessus)
  5. La qualité d’image. Le meilleur moyen de se faire une idée de la différence entre différents
  1. Télescopes est de regarder des photos prisent avec l’un puis l’autre et de comparer. La différence qui m’a fait choisir le réfracteur et le « flare » crée par l’araignée du réflecteur.
  2. Et le prix, bien évidemment. Bordel.

Voilà ce que j’ai vécu pendant ma recherche du télescope parfait. Plus généralement, pour choisir le télescope qui vous conviendra posez-vous les questions suivantes :

  1. Quel est votre budget ? C’est triste, mais c’est vraiment la 1re question…
  2. D’où voulez-vous prendre ces photos ? Allez-vous bouger avec ce télescope ? Ou le laisser dans le jardin ?
  3. Qu’est-ce que vous voulez prendre comme objet en photo ? Est-ce loin ? (longue focale, galaxie ?) Ou plus vaste dans le ciel ? (petite focale, nébuleuses ?)

Une fois tout ça bien compris, il va falloir s’investir. Parce que la route est encore longue, mais le chemin est passionnant.

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